N°8
La horde sauvage.
Crépin, l’ours troll, l’estomac creux, marchait lentement le long du torrent. Il découvrit un coin agréable, s’assit au pied d’un bosquet, et lança sa canne à pêche dans l’eau.
Il attendit longuement, puis, somnola.
Tout à coup, un hurlement le fit sursauter. Il se retourna, et vit courir une jeune naïade, pieds nus, les mains attachées. Une voilette noircie, dépassait de ses cheveux ébouriffés.
Crépin, surprit se redressa. Il s’apprêtait à la suivre, lorsque soudain, un gros saumon mordit à l’hameçon, et l’entraîna rapidement dans les flots.
Après une lutte acharnée, l’ours troll, parvint à se saisir du poisson, mais, celui-ci se libéra, et se faufila dans les courants.
Désappointé, il revint sur la rive, quand il aperçut au loin, la naïade fuyant à travers les champs.
Deux belles proies venaient de lui échapper ! La faim le tenaillait !
Il s’ébroua vigoureusement, et décida de rentrer chez lui en passant par les fourrés. Soudain, il ressentit une vive douleur au pied.
Aie ! S’écria-t-il.
Crépin ramassa une couronne garnie de diamants, et de pierres précieuses scintillantes. Ravi de sa trouvaille, il prit rapidement le chemin de son logis.
En entrant dans sa caverne, une odeur nauséabonde de fourrure grillée, lui coupa le souffle. L’ours se dirigea prudemment, vers les cavités du fond.
Horrifié, il découvrit ses parents, gueules grandes ouvertes, yeux exorbités, figés dans deux blocs de glace.
En les regardant, pattes en l’air, toutes griffes dehors, Crépin comprit aussitôt que la naïade venait d’utiliser son pouvoir diabolique.
Il fit rapidement un feu de bois pour réanimer les ours trolls. Quelques instants après, le dégel commença.
Ses parents choqués s’exprimèrent, tout en se réchauffant près du feu.
- Crépin, mon fils adoré, que nous est-il arrivé ? Balbutia Léonce, alors qu’un gros bloc de glace tombait de son corps.
- C’est une naïade qui vous a mis dans cet état.
- Oui, je me souviens d’Océane, cette petite fourbe, répondit durement Martial en frappant ses pattes au sol pour enlever les derniers glaçons de son corps.
- On l’avait enfermé dans ta chambre, et en ouvrant la porte, on a vu des éclairs puissants sortir de ses yeux, expliqua Léonce en grelottant.
Puis, elle raconta sa rencontre avec la naïade, mariée au Roi des Elfes de Lumière du Royaume des Feux d’Or. Elle lécha sa patte et fit tomber quelques morceaux de glace.
- Regardez le butin que j’ai découvert près du torrent !
Leur fils leur montra l’étincelant diadème.
- C’est la couronne des Feux d’Or ! Se réjouit l’ourse.
- Voilà un véritable trésor ! S’écria Martial en le lui arrachant des mains. Allons vite vendre cette couronne, et récupérer la perfide naïade. Elle nous appartient !
- J’ai repéré la direction qu’elle a prise, signala Crépin.
- Alors, en route ! Décida le père, en faisant vibrer ses naseaux.
Aussitôt, la horde sauvage des ours trolls aux visages déformés par la haine et la faim, sortie bruyamment de leur tanière.
Pendant ce temps, traumatisée par la vision des ours foudroyés, puis prisonniers des blocs de glace, Océane, effrayée, courait toujours.
La jeune mariée, qui pour la première fois utilisait ses pouvoirs, reprit son souffle, accroupit dans un champ de coquelicots.
Affaiblit, elle pensa à son époux Sylvain, et à la couronne des Feux d’Or, qu’elle espérait récupérer un jour, à l’aide de ses serviteurs.
Soudain, elle entendit un craquement.
La naïade se retourna et vit s’approcher un troll cochon bouffi, au visage rose. Engoncé dans des habits trop serrés, ses oreilles dépassaient d’un chapeau à larges bords.
- Oh ! Là ! Là ! Jeune fille que vous arrive t’il ? Pourquoi êtes vous attachée, demanda t-il ?
Effrayée, elle fit un mouvement de recul. Voyant son inquiétude, il la rassura.
- N'ayez pas peur. Tous les trolls ne sont pas des mangeurs de naïades. Je suis Gabin, et je ne mange que des racines. Je vais au marché vendre mes roseaux, lui dit-il en lui montrant une
charrette bien remplie, conduite par un âne troll.
Il lui présenta brièvement l'âne Baudet.
En confiance, la naïade lui relata ses mésaventures. Elle recherchait le Royaume des Feux d’Or.
- Suivez-moi jeune fille. La bonne fée de notre région vous aidera. Elle connait bien le chemin, répondit le troll cochon.
- Pouvez-vous me couper mes liens ? Demanda Océane.
Le troll approcha et remarqua
- Ils sont si serrés que la bonne fée s’en chargera. Elle vous offrira le gîte et le couvert.
Epuisée, Océane accepta de le suivre.
Il la souleva délicatement et la fit monter derrière sa charrette.
Gabin avait l’air si gentil et attentionné, qu’Océane l’accompagna, sans se douter de ce qui l’attendait…
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