N°10
Le Clos Rougeaud
Après de multiples efforts, le roi rattrapa les lanières de sa besace, qui voulait encore s’échapper. Les feuilles du livre des esprits devenaient ingérables.
Sylvain sortit son couteau, et délicatement ouvrit le sac. Surpris, il regarda bouger une grosse boule de papier entourée de ficelle.
Il s’en empara et furieux, ordonna :
- Dépliez-vous maintenant, où vous sentirez la pointe de cette lame vous transpercer !
Les feuilles obéirent en frémissant.
Sylvain, étonné, remarqua des écrits sur une page signée du Grand Elfe Clercsaint, alors qu’elle était vierge auparavant.
A quel moment a-t’il pu noter tous ces renseignements, alors que je suis resté pendant tout l’entretien en sa compagnie ?
Ces mystères le rendaient perplexe.
Sylvain devait se rendre d’abord, vers l’Etang du Sans Souci, le traverser, puis, atteindre le royaume du deuxième grand Elfe, le Mage Majester, en passant par l’Allée des Délices.
Heureusement, ces indications le rassuraient, car les noms de ces lieux lui semblaient paisibles.
Rassuré, il plia en quatre les feuillets et les enfonça dans son sac en disant ;
- Comme cela, vous ne pourrez plus partir !
Soulagé, il redescendit de la montagne.
Arrivé à mi-chemin, il entendit un grognement. Soudain, Elfried, le chien troll, complètement enragé, bondit d’un buisson et l’attaqua.
Sylvain détala rapidement, mais l’animal fut le plus prompt. Ses crocs acérés se refermèrent sur le mollet du roi, qui tomba dans l’herbe mouillée.
Le troll chien voulu le mordre de nouveau, quand soudain deux oiseaux plongèrent becs en avant, sur Elfried. Le sang gicla. Celui-ci, le corps lardé de coups de becs, abandonna sa proie.
Aboyant de douleur, il s’enfuit en dévalant la montagne.
Sylvain fut content de retrouver ses oiseaux.
- Picotine et Picotin, vous m’avez sauvé du troll chien !
Ils roucoulèrent en se posant sur ses épaules. Le roi les récompensa en leur offrant des biscuits secs, qu’ils picorèrent avidement dans ses mains.
Pendant ce temps, à plusieurs lieux de là, Océane, installée dans la charrette, blottie entre les morceaux de roseaux, observait le magnifique paysage ensoleillé.
Gabin, le troll cochon, joyeux, chantait des chansons à tue-tête. Ils traversèrent des landes et arrivèrent dans un vaste coteau viticole.
Ils sillonnèrent des sentiers débordants de cépages, aux gros raisins mûrs.
- Baudet, arrête-toi ! S’écria Gabin.
L’âne troll stoppa la charrette devant une grande exploitation de vignoble. Une pancarte indiquait : « Domaine du Clos Rougeaud » .
- Nous voici arrivés chez la bonne Fée ! Attendez-moi ici, Océane, proposa Gabin. Je vais chercher un couteau pour détacher vos mains.
Océane, fut ravie à l’idée d’avoir les mains déliées. Quelques instants plus tard, le troll cochon accompagné d’un troll louve aux poils rougeâtre, tenant un fouet dans une main, vinrent à sa rencontre.
Océane eut une appréhension. Elle fixa les sourcils rouges du troll louve, qui lui donnaient un air insoutenable.
La louve la dévisagea de la tête au pied.
- Ho ! Gabin, quelle belle prise ! Vous m’avez vendu une bien jolie naïade !
- Oui, Fée Rouge, mais j’ai droit aussi à une prime.
Océane tressaillit, car elle venait de comprendre que la bonne fée n’existait pas. Il s’agissait au contraire d’une Fée Rouge, un troll dangereux.
- Mais je ne suis pas à vendre, protesta-t-elle, atterrée, en découvrant la trahison du troll cochon, qui baissa la tête.
Avec la pointe de son fouet, la Fée Rouge, montra une flaque de boue.
- Voici votre récompense Gabin, un bon bain boueux pour raffermir votre peau.
- Merci ma bonne Fée Rouge, rétorqua t-il en se glissant avec satisfaction dans la fange.
La Fée Rouge se dirigea vers Océane.
- Accompagnez-moi naïade. Vous êtes ma prisonnière. Je sais tout de vous et j’ai déjà eu affaire à des naïades. Gabin, m’a raconté que récemment, vous avez utilisé votre
pouvoir ; vous ne pourrez le récupérer que dans un mois.
- Je ne me laisserai pas faire ! Protesta Océane.
- Je suis vigneronne, et dans mon territoire, votre liberté aura un prix !
Océane, fatiguée ne pouvait s’enfuir, surtout avec les mains liées.
Après toutes ces péripéties, et la fourberie du troll cochon, elle n’aspirait qu’à une seule chose : dormir !
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