N° 23
L’ardente délivrance
Au soleil couchant, Océane arriva dans un champ de colza. Fatiguée, la jeune femme ressentait la faim et la soif.
Elle examina les coutures de sa robe. Plus aucunes sauterelles ne s’y trouvaient. L’essaim l’avait protégée. Contente, elle observa les alentours.
Je n’en peux plus de fuir constamment ses horribles trolls !
La nuit tomba subitement. A bout de force, la naïade s’écroula dans l’herbe, et s’endormit profondément.
Lorsque l’ours Martial découvrit des traces bordant le sentier, la Fée Rouge, d’un coup de fouet, stoppa le chariot conduit par le troll âne Baudet, toujours hypnotisé.
- C’est ici que la naïade est passée ! Annonça Martial, catégoriquement.
Crépin le jeune loup, quitta aussitôt la charrette. Il sauta plusieurs fois sur ses pattes pour observer l’étendue du champ.
- Je ne vois pas la naïade !
- Tu es trop petit, laisse-moi te porter, lui proposa sa mère qui le rejoignit, et le hissa.
Gabin le troll cochon renifla l’air.
Soudain, sans prévenir, il grimpa d’un bond sur les larges épaules de l’ours Martial, qui ronchonna.
- Oui, je sens son odeur ! Confirma Gabin.
- Fée Rouge, le champ est immense, constata Crépin, et on ne voit rien dans cette obscurité !
- Et avec ceci ? Cria-t-elle en se penchant dans l’herbe.
Aussitôt, un embrasement se déclencha. Des flammes s’élevèrent.
- Au feu ! S’écria Gabin effrayé, qui sauta des épaules de l’ours, pour se réfugier sous la charrette.
- Que ce passe t’il ? Brailla Martial.
Des étincelles se propagèrent dans le champ, à une vitesse impressionnante.
- Bande de godiches ! J’ai mis le feu pour attraper la naïade à la sortie, hurla la Fée Rouge enragée.
Elle se retourna, méconnaissable, ses habits pendaient en lambeaux. Autour de son visage cramoisi et enflé, jaillissaient les tiges de ses cheveux embrasés. Les orbites de ses yeux formaient deux crevasses, au centre desquelles se trouvaient deux points rouges qui fixaient les trolls terrifiés. Du feu crachouillait de ses sourcils noircis.
- Quelle horreur ! Elle ressemble à un monstre, dit tout bas Crépin en serrant les mains de sa maman.
- J’en ai bien peur, répondit t’elle dans un souffle.
- En route ! Rugit la louve aux naseaux fumants, tout en bondissant dans la charrette.
Les trolls reprirent immédiatement leur place, mais cette fois ci, Crépin, sur le conseil de sa mère, s’assit à l’arrière.
La louve qui portait bien son nom de Fée Rouge, devenait surpuissante grâce aux pouvoirs de ses sourcils.
Elle asséna un coup de fouet sur la croupe rougeâtre du troll âne Baudet, qui partit en trombe.
Martial et Gabin coururent en éclaireur sur le chemin de terre en contournant le champ incendié. De hautes flammes attisées par le vent s’amplifiaient.
Subitement, Océane se réveilla en toussant. Une épaisse fumée la saisit à la gorge, elle suffoqua. Rapidement, elle rampa dans les herbes sèches, qui craquèrent sous son poids, alors qu'une chaleur ardente se déployait.
Elle traîna la serviette où se trouvait cachée la couronne des Elfes de Lumière du Royaume des Feux d’Or, et pensa à son époux en la serrant contre elle.
- Sylvain, mon doux époux, je ne veux pas mourir ici !
Désorientée, elle s’engagea dans un chemin éclairé de flammèches, lorsqu’elle aperçu le convoi des trolls.
- Voici la naïade ! S’écria Martial qui courait au devant du chariot.
Bientôt, ils me rattraperont, pensa Océane apeurée.
Essoufflée, les yeux rougis, elle s’arrêta, quand, tout à coup une force la souleva. Elle se retrouva assise sur le dos d’un centaure, au poitrail, et aux cuisses vigoureux. Une femme aux longs cheveux blonds, la maintenait par la taille.
Le centaure, aux cheveux d’or bouclés, semblables aux poils de sa queue, possédait un magnifique pelage aubère, qui lui donnait un air impressionnant.
Les parents d’Océane lui avaient toujours recommandé de se tenir éloigné des centaures. Ces êtres moitiés hommes, et moitiés chevaux possédaient des pouvoirs insolites et se nourrissaient de chairs crues !
Océane, effrayée, tremblait de tous ses membres.
- N’ayez pas peur, lui dit le centaure d’une voix forte.
- Accrochez vous, ordonna la jeune femme.
Légèrement vêtue, d’un ensemble composé de feuilles de lierres cousues sur de la soie blanche, elle portait des sandales tressées. Une couronne de fleurs ornait sa tête.
- Je suis la Fée Blanche Elvire, et nous sommes assises sur le centaure Thècle, mon mari.
Elle recouvrit leurs corps d’une couverture.
- Nous sommes prêtes !
Aussitôt, le centaure tonique, galopa à toute allure à travers les champs en proie aux flammes, avec les deux femmes accrochées à son dos, puis ils traversèrent un mur de feu.
Alors qu’ils approchèrent des rives d’un torrent, le centaure prit son élan et franchit magistralement l’obstacle.
Cependant, à l’atterrissage, la serviette d’Océane se détacha et la couronne des Feux d’Or, roula dans l’herbe. Elle dévala une pente, rebondit sur un caillou, et atterrit sur une branche d’arbre mort, qui flottait sur les eaux tourmentées d’une rivière…
Calendrier des contes - série Sherley
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